Pourquoi sommes-nous fans ?
Nous sommes nombreux à être fans de quelque chose. Parfois au point d’en faire une partie de notre identité. Qu’il s’agisse de Star Wars, d’Apple, de Nintendo ou du PSG, tous les fans partagent une passion débordante qui les pousse à défendre leur appartenance face aux détracteurs, quitte à devoir faire preuve d’un soupçon de mauvaise foi.
Alors attardons nous sur cette question : pourquoi sommes-nous fans ?
L’appartenance
Sommes-nous fans parce que nous voulons appartenir à quelque chose de plus grand que nous ?
C’est un besoin humain de chercher un groupe auquel se rattacher, de trouver une « famille » qui lui procure un sentiment de sécurité ainsi qu’une validation sociale par les autres membres.
Entre les conventions, les fandoms avec leurs fanarts, les serveurs Discord et autres points de rassemblement physique ou en ligne, les communautés de fans représentent de vraies extensions sociales.

Qu’il soit conscient ou non, l’objectif est la construction d’un « nous », pour vivre des expériences communes. Dans une société post-Covid, c’est également un moyen pour certains de lutter contre la peur de l’isolement et de l’exclusion.
Le groupe rassure. Il valide. Il donne une place.
Mais ce sentiment d’appartenance amène également des rivalités entre communautés :
- Apple vs Google
- Star Wars vs Star Trek
- OM vs PSG
- PlayStation vs Xbox
- Rock vs Rap
- Marvel vs DC Comics
L’identification
Sommes-nous fans parce que nous voulons nous projeter dans la fiction pour trouver des modèles ?
Les récits nous présentent des exemples et des contre-exemples qui nous permettent de tester des valeurs, des choix et des trajectoires, comme un laboratoire moral sans conséquences réelles.
Pour cela, les auteurs empruntent des tropes scénaristiques et des archétypes de personnages conçus comme des structures suffisamment universelles pour que chacun puisse s’y reconnaître.
Nous aimons nous sentir compris par une œuvre. Imaginer que l’artiste a vécu la même chose que nous, ce qui crée un lien émotionnel invisible entre l’artiste et son public.
La construction identitaire
Sommes-nous fans parce que nous voulons nous définir à travers nos passions ?
C’est une question intéressante pour moi, dont les passions sont le moteur. Mais je ne me résume pas à cela. Je suis la somme de mes expériences, mes valeurs, mes émotions, mes compétences et mes connaissances.
Cependant, il est vrai que dire « je suis fan de… » est presque devenu un élément de présentation sociale. Le phénomène n’est pas nouveau.
Les sportifs portent fièrement le maillot de leur équipe favorite. Certains styles vestimentaires sont associés à des courants musicaux. Les fans d’Apple arborent la pomme sur leur smartphone, les gamers personnalisent leur setup de LEDs RGB.
D’autres se tatouent un symbole issu d’un univers fictionnel, affichent des stickers sur leur ordinateur portable ou citent leur saga préférée comme un langage partagé.
Les goûts sont des marqueurs culturels qui permettent de créer des liens implicites entre des personnes, comme un premier terrain d’entente pour débuter un échange.
Je ne vais pas m’attarder ici sur le capital symbolique de Bourdieu (qui fera sûrement l’objet d’une future analyse plus poussée), mais cette notion sociologique montre que la reconnaissance sociale ne passe pas uniquement par l’argent, mais aussi par le partage de références et de goûts communs.
La mémoire affective
Sommes-nous fans parce que nous voulons nous souvenir ?
Autrement dit : sommes-nous fans d’une œuvre ou de la période de notre vie qu’elle représente ?
Certaines œuvres sont intimement liées à l’enfance. Pour ma part, je pense immédiatement à Retour vers le Futur en VHS, les livres Harry Potter ou encore Pokémon Rouge sur Game Boy.
Je sais que mon regard sur ces œuvres est biaisé par le souvenir que j’ai de la découverte de celles-ci.
Toutefois, il arrive parfois que la beauté du souvenir doive affronter la désillusion des années passées. Si les œuvres citées plus tôt ont survécu aux ravages du temps, il arrive que certaines vieillissent mal.
C’est par exemple le cas de l’Histoire sans fin. Et malgré l’affection particulière que je porte à ce film, je ne le conseillerais pas à quelqu’un qui ne l’a jamais vu.
La nostalgie est un sentiment très puissant. On se rappelle de l’époque durant laquelle on a suivi une série : l’endroit où l’on habitait, où l’on travaillait, avec qui nous l’avons regardé.
Cette mémoire affective est aussi pour moi l’une des plus belles méthodes de transmission générationnelle. Montrer Toy Story et Le Voyage de Chihiro à un enfant tout en redécouvrant ces œuvres à travers ses yeux était émouvant, mais aussi très intéressant dans ma démarche.
Son attention ne se portait pas sur les mêmes détails que moi, ce qui m’a apporté un nouveau niveau de lecture.
Le besoin de sens
Sommes-nous fans parce que nous voulons comprendre ?
Les récits ne sont pas seulement des divertissements.
Ils sont des outils d’interprétation.
Depuis toujours, l’humain se raconte des histoires pour donner une forme au chaos.
Qu’il s’agisse d’une mythologie antique, d’une saga galactique ou d’une simple série centrée sur l’amitié, ces récits structurent nos interrogations : le bien et le mal, la loyauté et la trahison, la perte, le pouvoir, la justice, la rédemption ou le pardon.
Les univers de fiction deviennent parfois nos mythes modernes.
Non pas parce que nous les adorons religieusement, mais parce qu’ils offrent des figures et des symboles partagés.
Enfin, ces récits ont quelque chose que le réel n’a pas toujours : une cohérence.
Un monde aux règles claires, un arc narratif, une logique interne.
Peut-être que nous cherchons dans ces univers une cohérence que le réel nous refuse parfois, l’impression qu’un monde peut être compris.
Et, à travers lui, peut-être nous-mêmes.
Conclusion
Alors : pourquoi sommes-nous fans ?
Et bien peut-être pour toutes ces raisons à la fois.
Pour appartenir.
Pour nous projeter.
Pour nous définir.
Pour nous souvenir.
Et, au fond, pour tenter de comprendre.
Être fan, ce n’est peut-être pas seulement aimer intensément une œuvre, un artiste, une équipe ou une marque. C’est faire partie d’un récit collectif, trouver sa place, tester ses valeurs, déposer ses souvenirs.
La passion n’est pas une fuite.
Elle peut être un miroir.

Et si nous nous reconnaissons dans ces univers, ce n’est peut-être pas parce qu’ils nous ressemblent, mais parce qu’ils nous aident à nous construire.
Cette exploration n’est qu’un point de départ dans ma quête de compréhension qui m’a poussé à reprendre la parole ici.
